Dimanche 04 Mai 2008 à 16h01:44 GMT -4.00
Brent Jessop-
Knowledgedrivenrevolution.com Février 2008
"Pour une raison qu'y m'échappe, plusieurs personnes aiment le système(totalitarisme
scientifique) quand il est Russe mais le détestèrent quand il fut Allemand. Je suis contraint de penser que
cela est dû au pouvoir des étiquettes; ces personnes aiment tout ce qui est étiqueté 'Gauche' sans
examiner si cette étiquette a bien une signification."-Bertrand Russel, 1952 (p56)
Quel est exactement le but de l'éducation? Est-ce que le gouvernement veut enseigner aux jeunes gens comment
penser et raisonner pour eux-mêmes ou est-ce une forme de psychologie de masse visant à inculquer
la propagande gouvernementale aux jeunes? Ces questions sont examinées dans le livre de Bertrand
Russel, écrit en 1952, intitulé L'impact de la science sur la société*.
Bertrand Arthur William Russell, troisième Earl Russell (1872-1970) était un philosophe et
mathématicien britannique renommé qui était aussi un internationaliste intransigeant. Il consacra
également beaucoup de travail à l'éducation des jeunes enfants. Il fut le fondateur du
mouvement Pugwash, qui se servit du spectre d'annihilation nucléaire de la Guerre Froide pour
promouvoir ses desseins de gouvernement mondial. Parmi ses nombreuses récompenses, Russell se
fit décerner le Prix Nobel de Littérature en 1950 et le prix Kalinga de l'UNESCO (United Nations Educational,
Scientific, and Cultural Organization) en 1957.
La première partie de cette série examine l'impact de la "technique scientifique" sur la société. La
seconde partie explore l'opinion de Bertrand Russell sur la stabilité d'une société scientifique
mondiale. La troisième partie traite du contrôle de la population et de la reproduction scientifique des humains.
L'Éducation, une méthode moderne de propagande
Extraits du livre L'impact de la science sur la société par Bertrand Russell:
"Je pense que le sujet qui aura le plus d'importance politiquement est la psychologie de masse.
La psychologie de masse n'est pas, scientifiquement parlant, un objet d'études très avancé...
Cet objet d'études est immensément utile à des hommes pragmatiques, qu'ils souhaitent s'enrichir
ou accaparer le gouvernement. Elle est, bien sûr, en tant que science, fondée sur la psychologie
individuelle, mais jusqu'à maintenant elle a employé des méthodes empiriques basées sur un
sens commun intuitif. Son importance a été énormément accrue par le développement des
méthodes
modernes de propagande. La plus influente de ces méthodes est celle qu'on nomme "éducation".La
religion joue aussi un rôle, bien qu'il aille en s'amenuisant; la Presse, le cinéma et la
radio jouent un rôle qui va en s'accroissant.
Ce qui est essentiel en psychologie de masse est l'art de la persuasion. Si vous comparez un
discours d'Hitler avec un discours de (disons) Edmund Burke, vous verrez quels progrès ont
été accomplis par l'art rhétorique depuis le dix-huitème siècle. Anciennement, l'art rhétorique
était fondé sur une prémisse erronée: celle que les gens avaient lu dans les
livres que l'homme est un animal rationnel, et structuraient leurs arguments sur cette hypothèse.
Nous savons maintenant
qu'un projecteur et une fanfare persuadent davantage que la plus
élégante série de syllogismes. On peut
espérer éventuellement qu'on pourra persuader quelqu'un
de n'importe quoi si le patient est jeune et que l'État fournit l'argent et l'équipement nécessaire.
La psychologie de masse fera de grandes avancées quand elle sera étudiée par des scientifiques
dans une dictature scientifique. Anaxagore affirmait que la neige est noire, mais personne ne
le croyait. Les psychologues en sciences sociales du futur essaieront différentes méthodes sur
des classes d'écoliers afin de leur inculquer la conviction inébranlable que la neige est
noire. On arrivera à différents résultats. Premièrement, que l'influence domestique est néfaste.
Deuxièmement, qu'on ne peut pas faire grand chose à moins que l'endoctrinement ne débute avant
l'âge de dix ans. Troisièmement, que des couplets accordés à de la musique et entonnés répétitivement
sont très efficaces. Quatrièmement, que l'opinion que la neige est blanche traduit un goût
morbide pour l'excentricité. Mais j'anticipe. Ce sera aux scientifiques du futur de rendre
ces maximes précises et découvrir exactement comment il en coûtera per capita pour faire
croire aux enfants que la neige est noire, et comment cela coûterait moins cher pour leur
faire croire que la neige est grise foncée."-40
Le résultat planifié de l'éducation
"La totalité du contrôle résultant sur l'opinion dépend de diverses manières sur la technique
scientifique.
Là où tous les enfants fréquentent l'école, et où toutes les écoles sont
contrôlées par le gouvernement, les autorités peuvent fermer les esprits des jeunes à tout
ce qui est contraire à l'orthodoxie officielle. L'impression est impossible sans papier, et
tout le papier appartient à l'État. La radiodiffusion et le cinéma sont également des monopoles
publics. La seule possibilité qui reste de diffuser de la propagande non autorisée est par
bouche à oreille d'un individu à l'autre. Mais même cela est rendu effroyablement dangereux
par les progrès de l'art de l'espionnage.
On apprend aux enfants à l'école qu'il est de leur devoir
de dénoncer leurs parents si ils prononcent des propos subversifs au sein de la famille.
Personne ne peut être sûr qu'un homme qui semble être son meilleur ami ne le dénoncera pas à
la police; l'homme peut lui-même être dans le trouble, et peut savoir que s'il n'est pas efficace
dans sa fonction d'espion, sa femme et ses enfants en souffriront. Tout ceci n'est pas imaginaire,
c'est la réalité quotidienne. C'est la nature même de l'oligarchie, il n'y a aucune raison
de s'attendre à ce que les choses se déroulent autrement.-58
"Les sociétés scientifiques sont encore dans leur enfance. Il peut s'avérer utile de prendre
quelques instants pour spéculer sur les possibles développements futurs des régimes oligarchiques.
On peut s'attendre que des avancées en physiologie et psychologie donneront aux gouvernements
beaucoup plus de contrôle sur les mentalités individuelles que les pays totalitaires exercent
présentement sur leurs populations. Fichte exposa que
le but de l'éducation devrait être la
destruction du libre arbitre, pour que les élèves, après avoir quitté l'école, soient incapables,
pour le restant de leur vie, de penser ou d'agir autrement que leurs maîtres d'école ne l'auraient
souhaité. Mais à son époque, cet idéal était inatteignable: ce qu'il considérait comme le
meilleur système en existence produisit Karl Marx. Dans le futur, de tels échecs ne sont pas susceptibles
de se produire là où règne des dictatures.
Une diète, des injections et des injonctions se
combineront, en très bas âge, pour produire le type de caractère et le type de croyances
que les autorités considèrent désirables, et toute critique sérieuse des pouvoirs en place
deviendra psychologiquement impossible. Même si tous sont misérables, tous se croiront
heureux, car le gouvernement leur dira qu'ils le sont."-61
Ce passage mérite d'être relu.
"Une diète, des injections et des injonctions se
combineront, en très bas âge, pour produire le type de caractère et le type de croyances
que les autorités considèrent désirables, et toute critique sérieuse des pouvoirs en place
deviendront psychologiquement impossibles. Même si tous sont misérables, tous se croiront
heureux, car le gouvernement leur dira qu'ils le sont."
Quelques usages divers de l'éducation
"résulte de l'élimination de la guerre (et l'établissement d'un gouvernement mondial). On peut
espérer beaucoup, aussi, d'un changement de propagande. La propagande nationaliste, sous toute
forme de violence, devra être illégale, et on n'apprendra pas aux enfants d'école à haïr et
mépriser les nations étrangères. Un enseignement actif des maux du passé et des avantages du nouveau système fera le reste. Je suis convaincu que seulement quelques psychopathes voudront
retourner à la frayeur quotidienne de la désintégration radioactive."-108
"Les nations qui, présentement, augmentent (leurs populations) rapidement devraient être
encouragées à adopter des méthodes qui, en Occident, ont contribué à freiner la croissance
démographique.
La propagande éducationnelle, avec l'aide du gouvernement, pourrait atteindre
ce résultat en une génération."-116
Cette idée d'utiliser l'éducation, ou plutôt l'éducation sexuelle, pour réduire la population de
l'Occident fut promue en 1968 par Paul Ehrlich dans son livre La bombe démographique**.
"Nous avons besoin d'une loi fédérale exigeant l'éducation sexuelle dans les écoles-éducation sexuelle
qui inclut la discussion de la nécessité de réguler le taux de natalité et les techniques
contraceptives. Une telle éducation devrait commencer au plus bas âge possible recommandé
par des professionnels compétents dans ce domaine-certainement avant le lycée.
Par "éducation sexuelle", je ne veux pas dire un cours se focalisant sur l'hygiène ou présentant
une approche simpliste genre "oiseaux et abeilles" à la sexualité humaine. La fonction reproductive
du sexe doit être démontrée comme une de ses fonctions, et une qui doit être soigneusement
régulée en relation des besoins de l'individu et de la société."-133
Pour plus de renseignements sur l'opinion de Paul Ehrlich sur l'utilisation de l'éducation et
d'autres moyens de contrôle des populations, consultez cet article,
Population, religion et
Éducation sexuelle.
Pour les classes dirigeantes seulement
La plupart des gens lisant cet article sont les produits d'un système d'éducation régi par
l'État. Si ce qui précède n'a pas été suffisant pour vous faire réfléchir sur les mérites
d'un système d'éducation universel et sur tout ce qu'on vous a "enseigné" quand vous étiez
enfant, espérons que l'extrait suivant le fera.
"Bien que cette science sera étudiée avec diligence,
elle sera rigidement confinée à la classe
dirigeante. On ne permettra pas à la populace de savoir comment ses convictions sont générées.
Quand la technique sera perfectionnée, chaque gouvernement qui régit le système d'éducation
pendant une génération sera capable de contrôler ses sujets fermement sans avoir recours à l'armée
et la police...-41
*Citations de Bertrand Russell, The Impact of Science on Society (1952). ISBN0-415-10906-X
**Citations de: Paul R. Ehrlich. The Population Bomb: Revised & Expanded Edition (1968, 1971). SBN 345-24489-3-150.
Lien original (en):
http://www.knowledgedrivenrevolution.com/Articles/200802/20080204_ISS_4_Education.htm