Mercredi 01 Aout 2007 à 22h16:57 GMT -4.00
Ont-ils déjà réellement existés? Le roman historique de Luigi Natoli, I Beati Paoli, décrit une société secrète ressemblant à un ordre de chevalerie, à une confrérie, aux francs-maçons et aux ninjas. D'abord édité en forme périodique en 1909 sous le pseudonyme William Galt, I Beati Paoli a été imprimé une première fois sous forme de livre en 1921, et une seconde fois en 1949. (L'intervalle dans son histoire éditoriale coïncide avec la censure fasciste de matériaux "révolutionnaires".) Écrivant dans les années 1830s, Gabriele Quattromani et Vincenzo Linares font référence à la même société. Carmelo Piola a écrit un livre concernant les Beati Paoli pendant l'année révolutionnaire de 1848. Un film, The Black Masked Knights , filmé en 1947, est basé sur le livre de Natoli.
Les événements du roman de Natoli ont lieu à Palerme entre les années 1698 et 1719. Débordant de passages secrets, de personnages historiques et, naturellement, de vrais endroits de la capitale sicilienne, I Beati Paoli dépeint une image d'une société secrète qui cherche à défier l'autorité de l'église et de l'état, deux forces sociales qui n'étaient pas toujours en harmonie l'une avec l'autre. Pendant cette période, l'Inquisition battait son plein, les exécutions étaient normales, et la Couronne Sicilienne passait de l'Espagne au Piémont et ensuite à l' Autriche. Les rois régnaient à distance, laissant l'administration et la justice aux mains de vices-rois et de serviteurs obéissants. Certaines confréries religieuses étaient des complices de l'Inquisition -- pleines de fanatiques et d'espions.
Personne ne semble savoir l'origine exacte du nom de la société, mais il peut refléter une dévotion au "Beato Paola, " Saint Francis de Paola. L'évocation de "vengeurs" noirs à capuchon combattant pour défendre les opprimés exerçaient une grande fascination sur le peuple. (Pas surprenant que cette idée inquiétait les censeurs fascistes des siècles plus tard.)
On connaît peu de choses du Beati Paoli historique, mais les livres contiennent plus qu'un soupçon de vérité. Au dix-septième siècle, l'hérésie et la trahison étaient punies par la mort. Des assemblées non autorisées étaient découragées. Que des sociétés secrètes furent proscrites implique qu'elles ont existé sous une certaine forme. Il est tout à fait possible, comme certains l'ont suggéré, que certaines fraternités secrètes se soient réunies clandestinement dans les passages souterrains de Palerme -- bâtis sur les restes des catacombes construites à l'époque Punique, et des canaux souterrains conçus par les Arabes et les Normands. Ils pourraient avoir employé quelques segments de ces canaux pour voyager secrètement autour de la ville. La Vieille Palerme est un vaste labyrinthe de rues datant des périodes antiques et médiévales, et dans l'histoire de Natoli, les Beati Paoli sont fortement identifiés avec la zone de Capo, où une rue et une place portent le nom de la secte.
Mais est-ce que les Beati Paoli ont comploté la révolution et le changement social ? Nous ne le saurons jamais. Rien de cette sorte n'a été attribué à eux par les historiens traditionnels, mais leur époque a été caractérisée par des émeutes dont les chefs sont souvent non identifiés. Ceci a donné lieu à la théorie qu'un mouvement souterrain complotait certaines des révoltes. Les Beati Paoli aurait très probablement été des nobles et des intellectuels peu disposés à défier ouvertement l'ordre établi. Il est également possible que leur "révolution" n'était rien de plus que (littéralement) des réunions souterraines pour discuter des idées illégales. Cela seul aurait été suffisant pour qu'ils soient jugés comme hérétiques ou traîtres. Mais il y a un paradoxe ici.
Puisqu'ils étaient une société secrète par définition, les Beati Paoli n'auraient pas cherché la publicité ou laissé une preuve documentaire de leur existence. Avoir fait ainsi était risquer la mort. Pour leur part, les autorités ne sauraient attribuer un meurtre ou un événement particulier à une organisation dont l'existence n'était que murmurée. Comme les ninjas du Japon féodal, les Beati Paoli de la légende populaire parcouraient le paysage urbain la nuit, habillés entièrement de noir, les visages dissimulés par des capuchons. Leur costume n'était guère différent de celui du bourreau encapuchonné typique.
Une société secrète dont l'existence était pratiquement inconnue par les centres du pouvoir ? On aurait pu dire la même chose de la Mafia durant plusieurs décennies. Dans sa petite enfance, la franc-maçonnerie était également très secrétive et même révolutionnaire, et la Guerre des Vêpres Siciliennes du treizième siècle fut instiguée par un comité secret de nobles. Les Beati Paoli, qui qu'ils aient pus être, s'évanouirent comme le duel et la vendetta. Mais leur légende continue de vivre.
Au sujet de l'auteur : Roberto Savona est natif d'Agrigente et écrit sur des sujets historiques. (Cet article a été traduit de l'Anglais par Hiram.)
Photographie prise au restaurant de I Beati Paoli, marina de Piazza, Palerme.
© 2001 Roberto Savona
Lien original (en Anglais) http://www.bestofsicily.com/mag/art13.htm